Avoir les yeux secs avant une chirurgie réfractive est fréquent, et reste compatible avec l'intervention dans la grande majorité des cas. L'ordre des étapes compte : mesurer la surface oculaire, la traiter, puis choisir la technique en fonction de ce qu'elle devient.
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Une étude multicentrique menée dans treize hôpitaux ophtalmologiques a évalué la surface oculaire de 1 849 candidats à une chirurgie réfractive. Le diagnostic de sécheresse a été posé chez 766 d'entre eux, soit 41,4 %.
Dans le détail, 44,6 % avaient un temps de rupture du film lacrymal inférieur à 5 secondes et 23,2 % un test de Schirmer inférieur à 5 mm.[1]
Le port de lentilles explique une part de cet écart : la sécheresse concernait 54,1 % des porteurs contre 35,2 % des non-porteurs.[1] Dans cette même série, 44,9 % des candidats avaient porté des lentilles, soit 830 patients sur 1 849.[1]
La sécheresse fait donc partie du tableau habituel chez un patient qui consulte pour se débarrasser de ses lentilles. Elle relève d'une évaluation méthodique, et son traitement s'organise avant l'intervention.
La définition de référence, établie par le Tear Film and Ocular Surface Society, décrit une maladie multifactorielle de la surface oculaire caractérisée par une perte d'homéostasie du film lacrymal, accompagnée de symptômes oculaires, dans laquelle l'instabilité et l'hyperosmolarité lacrymales, l'inflammation et les anomalies neurosensorielles jouent un rôle.[2]
Cette définition se traduit concrètement au bilan : la sécheresse se mesure sur plusieurs axes, et deux patients qui décrivent la même gêne relèvent parfois de mécanismes différents. Un déficit de production de larmes et une évaporation trop rapide par dysfonction des glandes de Meibomius appellent des traitements distincts.
Un film stable. Trois couches recouvrent la cornée : un film gras en surface qui freine l'évaporation, une couche aqueuse épaisse, et une couche muqueuse qui la fait adhérer à l'épithélium.
Un film instable. Le film gras se fragmente, la couche aqueuse s'amincit, et le film se rompt avant le clignement suivant. L'épithélium se retrouve exposé par endroits : c'est ce qui brûle et pique.
Test de Schirmer
Quantifie la production de larmes. C'est le paramètre qui prédit le mieux une sécheresse durable après l'opération.
Temps de rupture du film
Évalue sa stabilité. Une rupture avant 5 secondes signe une instabilité marquée.
Coloration de la surface
Révèle les souffrances de l'épithélium, y compris chez un patient peu gêné.
Meibographie et bord libre
Recherchent la dysfonction des glandes de Meibomius, première cause de sécheresse par évaporation.
Le comité cornée de l'American Society of Cataract and Refractive Surgery a formalisé cette séquence dans un algorithme de prise en charge préopératoire de la surface oculaire. Sa logique tient en trois temps.
Dépister systématiquement avant toute chirurgie réfractive ou de la cataracte. Traiter les anomalies visuellement significatives. Reprendre les mesures une fois la surface stabilisée.[3]
Cette réévaluation sert deux objectifs. Le confort postopératoire s'améliore. Et les mesures qui servent au calcul chirurgical gagnent en fiabilité, car une surface irrégulière fausse la topographie et la kératométrie, donc le plan de traitement lui-même.
Les mesures du premier rendez-vous donnent un point de départ. La décision se prend sur celles qui suivent le traitement.
Les lentilles souples s'arrêtent 48 heures avant, les rigides une semaine avant. Elles déforment transitoirement la cornée et fausseraient la topographie.
Signalez vos collyres en cours, y compris les larmes artificielles, ainsi que tout traitement général en cours.
La découpe du volet en Femto-LASIK sectionne une partie des nerfs cornéens superficiels. La sensibilité de la cornée diminue, le réflexe de sécrétion lacrymale s'atténue, et une sécheresse déjà présente s'accentue pendant la phase de réinnervation. La densité nerveuse sous-basale se reconstitue progressivement, sur plusieurs années.[7]
La PKR traite la surface et préserve l'architecture nerveuse profonde. En contrepartie, la cicatrisation épithéliale est plus longue et la gêne initiale plus marquée.
Une étude prospective a mesuré la sensibilité cornéenne à l'esthésiomètre après les deux techniques, sur 17 yeux opérés d'un LASIK et 18 d'une PKR. La sensibilité retrouvait ses valeurs de départ à 1 mois après PKR, contre 6 mois après LASIK.
La comparaison directe entre les deux groupes montre une sensibilité significativement plus déprimée après LASIK pendant les trois premiers mois.[9]
Une revue systématique de 18 études consacrée à la sécheresse après chirurgie réfractive aboutit à la même hiérarchie : elle range l'usage du LASIK plutôt que l'ablation de surface parmi les facteurs qui aggravent le tableau, aux côtés du sexe féminin, de la dysfonction meibomienne et des profondeurs d'ablation élevées.
Le mécanisme retenu est le déficit neurotrophique consécutif à la section des nerfs.[10]
Après PKR
Retour aux valeurs de départ à 1 mois, 3 mois pour le point central.
Après LASIK
Retour aux valeurs de départ à 6 mois.
Comparaison directe
Sensibilité significativement plus déprimée après LASIK pendant les 3 premiers mois.
Un essai randomisé a comparé les deux techniques chez les mêmes patients : un LASIK sur un œil, une PKR sur l'œil adelphe, avec attribution par dominance oculaire.
Les symptômes de sécheresse, les fluctuations visuelles et la sensation de corps étranger augmentaient significativement après les deux interventions à 1, 3 et 6 mois. À 12 mois, la sécheresse rapportée avait retrouvé son niveau préopératoire.[4]
Le protocole donne à ce résultat une valeur particulière : chaque patient étant son propre témoin, les différences individuelles de surface oculaire sortent de l'équation.
Une étude prospective portant sur 143 militaires américains a mesuré son incidence à 12 mois et conclut qu'elle reste peu fréquente après PKR comme après LASIK.
Son apport principal tient au facteur prédictif, identique dans les deux groupes : un test de Schirmer préopératoire bas, auquel s'ajoute pour le LASIK un score de coloration préopératoire élevé.[5]
Cette étude compare mal les deux techniques entre elles, puisque l'attribution n'était pas randomisée et que les cas de sécheresse chronique se comptent sur les doigts d'une main. L'essai randomisé cité plus haut reste la meilleure réponse sur ce point : à 12 mois, les deux techniques rejoignent le niveau de départ.[4]
C'est le point pratique à retenir : ce qui annonce une sécheresse durable se mesure avant l'opération, quelle que soit la technique retenue.
1 à 6 mois
Phase de gêne maximale après laser cornéen. Larmes artificielles sans conservateur, traitement de la meibomie si nécessaire.
12 mois
La sécheresse rapportée revient à son niveau de départ dans l'essai randomisé LASIK contre PKR.
5 à 15 ans
Les signes mesurables persistent après laser cornéen. Les porteurs d'ICL se situent au niveau des témoins.
Le LASIK exerce un effet neurotrophique sur la cornée. La section des nerfs abaisse la sensibilité cornéenne, et cette baisse réduit à son tour le réflexe de clignement et la sécrétion lacrymale réflexe. L'épithélium se retrouve moins bien nourri et moins bien protégé.
La revue de référence sur ce mécanisme rapporte des symptômes de sécheresse chez plus de 50 % des patients après LASIK. Les tableaux plus gênants, qui associent fluctuations visuelles, baisse de la meilleure acuité corrigée et inconfort marqué, concernent environ 10 % des patients.[11]
Une partie des patients décrit une gêne forte alors que l'examen de la surface oculaire revient normal. Cette discordance entre le vécu et les signes observables est bien documentée, au point d'avoir reçu un nom dans la littérature anglophone, la douleur sans coloration.
L'explication avancée aujourd'hui fait intervenir le système nerveux central. Chez un sous-groupe de patients, le signal douloureux est amplifié et mal régulé au niveau central, un mécanisme appelé douleur nociplastique.[12]
Ce mécanisme éclaire un fait clinique déroutant : chez ces patients, les traitements dirigés vers la surface oculaire ont un effet faible ou nul, puisque la surface a cessé d'être le siège du problème.[12]
La forme la plus sévère reste rare. Elle associe une douleur qui persiste au-delà de trois mois, que les patients comparent à des éclats de verre dans l'œil, à un examen clinique souvent pauvre.
Une équipe de Yale a étudié 21 patients issus de 20 familles sans lien de parenté, tous porteurs d'une douleur persistante après chirurgie réfractive : vingt après LASIK, un après PKR. Le séquençage de l'exome entier a mis en évidence des variants rares dans des gènes codant des canaux ioniques.[13]
Un de ces variants a ensuite été caractérisé en laboratoire. La mutation p.V527M du canal TRPV1 a été retrouvée chez une patiente de 49 ans dont le score de gêne oculaire atteignait 100 sur 100 après un LASIK puis une retouche en PKR. Le canal muté répond plus fortement à l'acidification du milieu.[14]
Ces travaux dessinent une piste : une susceptibilité individuelle, en partie génétique, expliquerait pourquoi une même intervention laisse la grande majorité des patients indemnes et en rend quelques-uns durablement algiques.
Les larmes artificielles sans conservateur, le traitement de la meibomie et les collyres anti-inflammatoires constituent la première ligne. Le sérum autologue en collyre vient ensuite, avec l'idée d'apporter les facteurs de croissance que les larmes artificielles n'apportent pas.
La lentille sclérale offre une réponse mécanique : elle maintient un réservoir de liquide au contact permanent de la cornée. Une équipe française l'a évaluée chez 19 patients, soit 35 yeux, porteurs d'une cornée irrégulière après chirurgie réfractive et en échec d'adaptation avec des lentilles conventionnelles.[15]
L'acuité visuelle corrigée est passée de 0,33 à 0,08 LogMAR, avec une baisse significative du score de gêne oculaire.[15] La série reste petite, et ces lentilles demandent une adaptation spécialisée.
Quand la composante neuropathique domine, la prise en charge rejoint celle des douleurs chroniques et sort du champ strictement ophtalmologique.
Plus de 50 %
Symptômes de sécheresse rapportés après LASIK, dans la revue de référence sur le sujet.
Environ 10 %
Tableaux plus gênants : fluctuations visuelles, baisse de la meilleure acuité corrigée, inconfort marqué.
Rare
Névralgie cornéenne persistante. La série publiée la plus documentée compte 21 patients recrutés à l'échelle d'un centre de référence.
L'implant ICL se glisse entre l'iris et le cristallin. La cornée garde son épaisseur, sa courbure et son innervation. Une série prospective de 117 yeux a malgré tout observé une dégradation des paramètres de surface à 1 mois, avec récupération partielle à 3 mois.
Les patients qui présentaient déjà des symptômes avant l'intervention obtenaient les moins bons résultats.[8]
À long terme, le bilan penche nettement en sa faveur. Une étude a comparé 94 patients opérés au laser, 80 porteurs d'ICL et 83 témoins, 5 à 15 ans après l'intervention. L'hyperosmolarité lacrymale concernait 73 % du groupe laser contre 50 % des témoins.
Le groupe ICL se situait au niveau des témoins.[6]
Cette même étude apporte une nuance utile en consultation : les symptômes ressentis étaient plutôt moins fréquents dans le groupe laser que chez les témoins, 19 % contre 31 %.[6] Les signes mesurables et le vécu du patient suivent donc des trajectoires distinctes.
Hyperosmolarité lacrymale
Laser cornéen · 73 %
Témoins non opérés · 50 %
Groupe ICL · au niveau des témoins
| Sécheresse au bilan | Conduite | Techniques envisagées |
|---|---|---|
| Légère Fréquente chez les porteurs de lentilles |
Traitement de la surface, puis nouvelles mesures | Toutes les options restent ouvertes |
| Modérée Schirmer et coloration altérés |
Préparation prolongée, traitement de la meibomie | Technique de surface, la PKR |
| Marquée Dysfonction meibomienne installée |
Prise en charge spécifique de la surface avant toute décision | Les implants ICL, qui préservent l'innervation |
Le Schirmer et la coloration pèsent davantage dans cette décision que les symptômes rapportés, puisqu'ils prédisent la sécheresse durable.[5]
Dans la grande majorité des cas, oui. La sécheresse concerne environ quatre candidats sur dix avant toute intervention. Elle modifie la préparation et parfois le choix de la technique. Le bilan mesure sa sévérité et son mécanisme, un traitement est mis en place, puis les mesures sont reprises.
La gêne augmente pendant les premiers mois puis régresse. Dans un essai randomisé comparant LASIK et PKR chez les mêmes patients, la sécheresse rapportée avait retrouvé son niveau préopératoire à 12 mois. La sécheresse chronique concerne une petite minorité de patients, quelle que soit la technique.
La sévérité mesurée au bilan guide le choix. Une sécheresse légère traitée laisse toutes les options ouvertes. Une sécheresse modérée oriente vers la PKR. Une sécheresse marquée fait discuter l'ICL, qui préserve l'innervation cornéenne. Le facteur qui annonce une sécheresse durable, un test de Schirmer bas, se mesure avant l'intervention quelle que soit la technique.
Oui, et cela figure dans l'algorithme préopératoire de l'ASCRS. Le traitement améliore le confort postopératoire et fiabilise les mesures qui servent au calcul chirurgical, puisqu'une surface irrégulière fausse la topographie et la kératométrie.
Elles y contribuent souvent. La sécheresse concernait 54,1 % des porteurs de lentilles contre 35,2 % des non-porteurs dans une série de 1 849 candidats. C'est une des raisons pour lesquelles l'arrêt des lentilles est demandé avant le bilan, 48 heures pour les souples et une semaine pour les rigides.
Ils l'atténuent. Une série de 117 yeux a montré une dégradation des paramètres de surface à 1 mois, avec récupération partielle à 3 mois. À 5 à 15 ans en revanche, les paramètres lacrymaux des porteurs d'ICL rejoignent ceux de témoins non opérés, ce que l'on observe rarement après laser cornéen.
Références